Introduction

À l’occasion de la Nuit du Droit 2025, dont Lefebvre Dalloz est partenaire, nous avons donné la parole à plusieurs juristes engagés pour faire vivre le droit au plus près des citoyens.
Parmi eux, Olivier Le Gaillard, bâtonnier du barreau de Roanne, partage sa vision du rôle fondamental de l’avocat dans notre démocratie, les défis concrets de l’accès à la justice, et le sens profond de la peine dans notre société.

Voici ses réponses à trois questions clés, au cœur des enjeux juridiques contemporains.

1ère question

1) « Le bâtonnier incarne la tête de l’Ordre des avocats sur son ressort. Comment expliquez-vous, à un citoyen qui ne connaît pas le monde juridique, le rôle essentiel de l’avocat dans la vie démocratique ? »

Dans une démocratie, l’avocat occupe une place fondamentale car il incarne à la fois la protection des droits individuels et le bon fonctionnement de l’État de droit. Son rôle dépasse la seule assistance judiciaire : il participe activement à l’équilibre démocratique.

L’avocat est garant de l’égalité devant la loi car la démocratie suppose que chaque citoyen, quelle que soit sa condition sociale, puisse faire valoir ses droits. L’avocat rend ce principe effectif : il conseille, assiste et défend ceux qui, sans lui, seraient démunis face à la complexité du droit et aux institutions. Par son intervention, l’accès à la justice devient concret et universel.

Il est également le défenseur naturel des droits et libertés face à toute forme d’arbitraire. Il contrôle la régularité des procédures, rappelle les garanties prévues par la loi et s’oppose aux abus de pouvoir. Dans ce sens, il constitue un rempart essentiel contre les atteintes aux droits humains et un acteur indispensable de l’État de droit.

Enfin, l’indépendance de l’avocat est une caractéristique majeure de sa profession. Libre dans la défense de son client, il peut s’opposer aux autorités publiques, aux institutions ou aux puissances économiques sans craindre d’être réduit au silence.

Cette indépendance confère à sa parole une légitimité démocratique et en fait un acteur essentiel du pluralisme.

2ème question

2) « Le barreau de Roanne est proche de ses concitoyens. Quels sont aujourd’hui les grands défis pour assurer un accès effectif au droit et à la justice ? »

Pour les Avocats, il ne faut jamais cesser d’informer nos concitoyens de l’existence de nombreux mécanismes leur permettant d’avoir accès à un avocat (consultation gratuite, chèque-avocat, aide juridictionnelle, permanences pénales…).

Pour la Justice, il n’y a pas de miracle. On ne peut pas accepter d’assigner devant certaines juridictions en contentieux locatif en janvier 2027, attendre plus de 6 mois pour rencontrer un juge aux affaires familiales et on peut légitimement redouter que des litiges qui devaient se résoudre paisiblement devant celui-ci ne dérivent en conflits aigus, voire violents pour qu’au final ces affaires se retrouvent immanquablement devant le Juge des enfants ou devant le Tribunal correctionnel.

Nos concitoyens et nous avocats, nous nous désespérons de cela. Il faut plus de moyens humains (juges, greffiers…) revoir peut-être la gestion des ressources humaines, permettre aux juridictions d’avoir des outils de travail plus performants, et arrêter les réformettes consistant à délocaliser le travail du juge vers des opérateurs externes tels que les conciliateurs, médiateurs, …

Pour certains types de dossiers cela peut s’entendre. Mais, en réalité, la majorité du contentieux que nous traitons ne s’y prête aucunement.

Il existe par conséquent une impérieuse nécessité d’affecter à la justice les effectifs utiles à la restauration de son fonctionnement et de mettre un terme au néfaste statu quo que nous connaissons.

3ème question

3) « La Nuit du Droit met en lumière la justice autrement. Quel message fort souhaitez-vous transmettre au public ce soir-là, au nom de la profession d’avocat ? »

La Nuit du Droit est l’occasion de faire découvrir la justice sous un angle plus humain et plus accessible. En tant qu’avocats, nous avons un message fort à transmettre : le droit n’est pas une abstraction réservée aux spécialistes, il appartient à tous les citoyens et constitue le socle de notre démocratie.

Cette année, nous proposerons au public la projection d’un film-documentaire sorti en octobre 2024, « A l’ombre de l’Abbaye de Clairvaux », réalisé par Monsieur Éric LEBEL.

Le réalisateur a rencontré les détenus, reclus par la contrainte, et les moines, reclus par choix, ainsi que le personnel de la pénitentiaire au sein de cette ancienne abbaye devenue prison à la Revolution et fermée en mai 2023.

A l’issue de la séance, laquelle sera par ailleurs intégrée dans la programmation de ce cinéma associatif classé Art et Essai, se tiendra un débat autour de la notion d’enfermement et, plus généralement, sur le sens de la peine.

C’est donc à une réflexion sur le sens de la peine et la liberté que nous souhaitons inviter le public, ainsi qu’à l’importance du droit dans la société et la vie de chacun selon le vœu formulé par l’ancien Président du Conseil Constitutionnel Monsieur Laurent FABIUS, instigateur de cette Nuit du Droit.