D’ici 2030, près d’1 actif sur 3 appartiendra à la Génération Z
Dans le secteur juridique, cette transition générationnelle coïncide avec une autre transformation majeure : l’intégration rapide de l’intelligence artificielle dans les pratiques professionnelles.
Pour mieux comprendre l’impact combiné de ces mutations, Pamplemousse Magazine (créateur du BarreauMètre) et Lefebvre Dalloz ont mené une étude auprès de 679 étudiants et jeunes juristes.
L’objectif de cette enquête sur les Attentes au Travail de la Gen Z dans le monde du Droit : analyser, de manière factuelle, le rapport de la Génération Z à l’IA et ses conséquences sur l’attractivité, le management et la transmission des compétences dans les organisations juridiques.
Une Génération Z globalement favorable à l’IA
L’étude montre que la Génération Z du droit n’exprime pas de rejet de l’intelligence artificielle.
72,46 % des répondants en ont une perception globalement positive :
- 16,05 % y voient avant tout un gain de temps,
- 14,73 % une opportunité d’accéder à des missions plus intéressantes,
- 41,68 % estiment l’IA utile à condition d’être formés et accompagnés.
Seuls 4,71 % perçoivent l’IA comme une menace directe pour l’emploi, et 6,48 % comme une menace pour l’apprentissage. Ces chiffres traduisent une approche lucide et pragmatique, loin d’un enthousiasme naïf comme d’un rejet défensif.
Alyssa Guezo, juriste de la génération Z confirme “Une chose est certaine, je ne redoute absolument pas mon remplacement par une IA.”
Des craintes centrées sur la maîtrise, pas sur la technologie
Les réserves exprimées par les jeunes juristes ne portent pas sur l’existence de l’IA, mais sur ses conditions d’usage :
- 49,34 % craignent de commettre des erreurs en s’appuyant sur des outils d’IA (hallucinations, arrêts inventés, raisonnements biaisés),
- 47,13 % redoutent une dépendance excessive aux assistants IA,
- 41,68 % pointent le manque de lisibilité des outils et de leurs logiques internes.
Ces inquiétudes soulignent un besoin clair : encadrer les usages, former aux limites des outils et préserver la rigueur méthodologique propre aux métiers du droit. La Vice-présidente de l’AFJE, Besma Boumaza, déclare d’ailleurs que “désormais, la formation en école et en université doit s’adapter à l’émergence de l’intelligence artificielle.”
Christophe Roquilly, Professeur de Droit et Directeur de EDHEC Augmented Law Institute, confirme la place de la formation et de l’encadrement : “Si l’IA fait gagner du temps, il doit être réalloué au mentorat.”
IA et recrutement : une nouvelle équation
L’étude montre que l’IA modifie indirectement les dynamiques de recrutement. Si certaines tâches traditionnellement confiées aux stagiaires ou juniors sont désormais automatisées, les attentes à l’égard des jeunes talents évoluent en parallèle.
Les recruteurs recherchent moins des profils d’exécution et davantage des juristes capables :
- de comprendre et contrôler les outils,
- de faire preuve d’esprit critique,
- de s’inscrire dans une logique de valeur ajoutée.
Dans ce contexte, la formation à l’IA devient un levier d’attractivité, mais aussi un enjeu de crédibilité pour les structures juridiques.
Former, encadrer, transmettre : un enjeu managérial
L’intégration de l’IA renforce le rôle du management et de la transmission.
Les jeunes juristes attendent des cadres clairs, des règles d’usage explicites et un accompagnement sur les bonnes pratiques. L’IA n’est pas perçue comme un substitut à l’apprentissage, mais comme un outil qui nécessite un cadre pédagogique et déontologique.
« Former à pratiquer le droit avec des logiciels intégrant une IA, sans transformer les jeunes juristes en opérateurs, mais en praticiens dotés d’un esprit critique » précise Christophe Roquilly.
Cette exigence s’inscrit dans une attente plus large de légitimité managériale : un manager est jugé crédible non par sa position hiérarchique, mais par sa capacité à guider, expliquer et sécuriser les pratiques professionnelles.
Elodie Gentina précise en effet :
« Ce qui est remis en question, ce n’est pas le cadre en soi, mais l’autorité de fait, purement hiérarchique et descendante. (…) Pour la Gen Z, un manager légitime n’est pas celui qui est le plus gradé, mais celui qui est crédible. »
Conclusion
L’intelligence artificielle ne constitue ni une menace systémique ni une solution miracle pour les métiers du droit. Pour la Génération Z, elle représente avant tout un outil, dont la valeur dépend des conditions d’intégration, de formation et de gouvernance.
Les chiffres montrent une génération prête à travailler avec l’IA, à condition que celle-ci s’inscrive dans un cadre exigeant, transparent et formateur. Pour les organisations juridiques, l’enjeu n’est donc pas seulement technologique, mais organisationnel, managérial et pédagogique.