Introduction
À l’occasion de la Nuit du Droit 2025, Lefebvre Dalloz explore les liens entre justice et culture.
Nicolas Kilgus et Thibault de Ravel d’Esclapon, enseignants-chercheurs à l’Université de Strasbourg, reviennent sur le film Accusée, levez-vous ! de Maurice Tourneur, et analysent la manière dont le cinéma peut éclairer, interroger et enrichir la réflexion juridique.
Trois questions pour comprendre comment l’image judiciaire se construit… et se critique, sur grand écran.
1ère question
1) Le film Accusé, levez-vous met en scène la figure de l’accusé et le poids du rituel judiciaire. D’un point de vue de droit privé et de sciences criminelles, que révèle cette œuvre sur la manière dont la justice pénale de l’époque concevait la vérité judiciaire et la présomption d’innocence ?
Accusée, levez-vous ! est un film de 1930 qui offre l’avantage de concentrer une très grande part de son intrigue au rituel judiciaire, étant donné que celle-ci se déroule au sein d’une cour d’assises de l’époque. Le prétoire est un élément structurant. Ce qui se passe à l’audience est essentiel. Le film documente la justice de cette époque, mais aussi le regard que l’on portait sur la justice à cette époque, sur ses principaux acteurs : magistrats, avocats, etc. Effectivement, la présomption d’innocence n’est pas vraiment respectée ; la jeune Gaby a l’air condamnée d’avance. Mais, c’est aussi au cours de l’audience que surgit la vérité.
2ème question
2) Comment analysez-vous la place du film de Maurice Tourneur dans l’histoire des représentations judiciaires au cinéma : témoigne-t-il davantage d’une vision patrimoniale de la justice française ou bien annonce-t-il déjà une approche plus moderne de l’institution ?
C’est un film un peu oublié ; c’est dommage. Avant tout, Accusée, levée-vous ! est considérée, quand il est diffusé en septembre 1930, comme l’un des meilleurs parlants. Ce qui est remarquable, dans ce film, c’est que Maurice Tourneur filme une cour d’assises au travail, avec un souci d’authenticité ; on a l’impression que l’on peut se rendre compte de la façon dont fonctionnait la justice criminelle à cette époque. Tourneur nous fait assister à l’audience. Cela étant, et c’est tout l’intérêt d’une projection contemporaine avec une contextualisation, il faut garder à l’esprit que tout est affaire de perception. Maurice Tourneur rentrait des États-Unis, il s’était imprégné des audiences américaines. Quoi qu’il en soit, le réalisateur avait compris tout le potentiel dramatique d’un procès.
3ème question
3) Dans vos travaux et dans La justice au cinéma, vous montrez que le cinéma peut être un miroir critique de la justice. Quels apports spécifiques le regard cinématographique apporte-t-il à la réflexion juridique que ne permettent pas les seules sources doctrinales ou jurisprudentielles ?
Oui, c’est tout l’objet de cette Nuit du Droit, à la faculté de Droit de Strasbourg : montrer que le cinéma peut être un miroir critique de la justice. Le cinéma permet à nos étudiantes et nos étudiants de comprendre certains concepts, mais aussi de nourrir leur réflexion sur le sujet de la justice, du doute ou encore de la vérité. Les films de justice renseignent, mais ils véhiculent aussi une certaine image de la justice. Cette image doit être analysée, discutée et débattue. Bref, tout ce qui fait l’essence des études de droit.
Nicolas Kilgus
Professeur de droit privé et de sciences criminelles,
Vice-doyen en charge des relations publiques et de l’insertion professionnelle,
Directeur du Master Ingénierie juridique et fiscale du patrimoine,
Faculté de droit, de sc. pol. et de gestion de l’Université de Strasbourg.
Thibault de Ravel d’Esclapon
Maître de conférences HDR à l’Université de Strasbourg Directeur-adjoint, UMR 7354 DRES Co-directeur, Master 2 Droit bancaire et financier