Propos recueillis, lors des RDV des transformations du droit le 25 novembre 2025 par Laurent Montant et Stéphanie Augé.

Comment l’IA transforme-t-elle les cabinets d’avocats ?

Michael Auguy : J’ai eu un stagiaire qui avait 77 ans et je vais reprendre ses mots parce que ce sont les meilleurs. Il m’a dit : « j’ai débuté ma carrière, je n’avais pas d’ordinateur, j’ai pris la révolution informatique, j’ai pris la révolution internet et l’IA, c’est une révolution de plus, mais chacune a transformé mon métier, mais ne l’a pas bouleversé pour autant ».  Donc vous allez avoir une transformation de votre métier, mais ça ne va pas aller plus loin que de la transformation. Et il ne faut, ni avoir des attentes démesurées, ni craindre cette révolution.

Quel est le degré de maturité des avocats concernant l'IA ?

MA : Il est difficile à évaluer, néanmoins on peut s’apercevoir qu’il y a beaucoup moins de freins et moins d’inquiétudes par rapport au début. Ensuite, le degré réel de maturité est difficile à évaluer dans le sens où il y a eu une étude* qui a été faite par le CNB au mois de septembre et peu d’item s’en dégage. Donc, il était posé des questions simplement, est-ce que vous utilisez l’IA ou pas ? Et donc, oui, on voyait que majoritairement, maintenant, les avocats utilisent.

Qu’est-ce que c’est utiliser l’IA ? Est-ce que c’est simplement rédiger un mail ? Est-ce que c’est faire de la recherche juridique ? Est-ce que c’est faire de l’analyse contractuelle ?

Je pense que oui, on sent que l’IA commence à intégrer les cabinets, petit à petit, et on commence vraiment par des tâches simples.

On n’est pas encore à un niveau très, très élevé pour le moment.

Où en sont les avocats dans leur benchmark des solutions d'IA proposées sur le marché ?

MA : ils sont encore vraiment en phase de réflexion, dans le sens, où ils sont beaucoup démarchés, qu’ils n’ont pas forcément la possibilité de tester différentes solutions en même temps.

Ensuite, il y a la problématique des cabinets pluridisciplinaires où selon les pôles, ils ne vont pas demander la même solution.

Donc, on est vraiment encore à une période où tout le monde tâtonne et il n’y a pas encore vraiment, non plus de maturité sur le sujet, sachant que chacun évolue et qu’une solution peut être pertinente à un instant et se faire dépasser par le concurrent le lendemain.

Quels sont les critères qui président à leur choix ?

MA : Je pense que le premier critère, c’est le coût. Donc ça, c’est vraiment quelque chose qui rentre en compte, d’autant plus qu’on sent une petite inquiétude, depuis septembre, sur la trésorerie.

Donc c’est quelque chose que j’entends de plus en plus. Après, c’est la base documentaire et la capacité à apporter des réponses cohérentes et pertinentes à la question qui va être posée.

Et le dernier point, ça va être l’implémentation de workflows, mais c’est vraiment le dernier point.

Ce qui compte vraiment, c’est la base documentaire.

Comment les aidez-vous dans ce choix ?

MA : Mon accompagnement est simple. Je leur montre les différentes solutions. On teste avec leurs différents cas, sachant qu’une fois qu’on a rédigé un prompt, il suffit de le copier-coller et de le mettre dans les autres solutions. Comme ça, ils ont le loisir de voir ce qui répond réellement à leurs besoins. En termes de recherche juridique, qu’est-ce qui m’apporte la meilleure réponse ?

Et après, sur tout le reste, quelle est la solution qui va être la plus pertinente, qui répond le mieux, qui est la plus fiable ? Et après, il y a également, encore une fois, l’impact du coût.

Avec l’arrivée de l’IA, quid de la formation des jeunes collaborateurs ?

MA : Il n’y a pas encore de ligne directrice claire ; et là-dessus, je les invite effectivement à vraiment se poser la question de ce qu’ils veulent faire. Pour moi, il faut accompagner. J’ai eu des cabinets qui m’ont dit : « nous, on interdit l’IA aux juniors parce qu’ils n’ont pas encore la maturité nécessaire. » Mais interdire jusqu’à quand ? Et on connait également le fameux Shadow IA, qui est caché. Comment allez-vous le gérer derrière, si vous prenez un jeune collaborateur qui est en train d’utiliser l’IA alors qu’il n’avait pas le droit de le faire ? Par ailleurs, je pense qu’en termes de recrutement, on sait que les cabinets ont du mal à recruter. A l’heure actuelle, mettre sur une fiche de poste que vous ne mettez pas l’IA, ça me paraît vraiment très compliqué. Je pense qu’il faut accompagner, montrer les erreurs qu’il peut y avoir avec l’intelligence artificielle, montrer en fait que la meilleure des solutions, ça reste de combiner notre cerveau et l’IA.

Il ne faut pas rester, soit sur l’ancienne méthode qu’avec le cerveau ou qu’avec l’IA. Il faut vraiment les accompagner pour leur montrer ce que ça peut apporter, les limites, mais surtout pas interdire, ça me paraît vraiment contre-productif. Et en plus voilà jusqu’à quand va-t-on pouvoir interdire l’IA dans un cabinet ? Honnêtement, cela me paraissait peu cohérent.

Quelles résistances à l'égard de l'IA existent encore et freinent l'adoption de solutions ?

MA : L’un des freins que je vois le plus, c’est la peur de perdre du temps dans un premier temps avec l’IA. Je leur explique que c’est un petit peu logique de perdre du temps. On passe d’un process à un autre, d’un système à un autre. Tout comme l’apprentissage de la conduite ne se fait pas du jour au lendemain. On a besoin d’automatiser dans notre cerveau pas mal de choses. Et là, ce qui est compliqué avec l’IA, c’est de réussir à déconstruire des automatisations qu’on a mis dans notre tête pour pouvoir expliquer à l’IA ce qu’on attend d’elle. Donc ça effectivement, c’est ce qu’il y a de plus compliqué. C’est la raison pour laquelle je leur dis : « ne serait-ce que quand vous vous posez une question juridique, dites-vous que vous avez un jeune collab face à vous et que si vous n’êtes pas pédagogue et que vous n’expliquez pas correctement, l’IA ne pourra pas comprendre. »

Cela leur permet effectivement de comprendre qu’il y a un côté vraiment management avec l’IA et ce côté management leur montre également que le jeune collab, il peut leur faire perdre du temps aussi, mais ce n’est pas grave et que l’IA peut aussi leur faire perdre du temps, mais qu’à court terme, ils perdront du temps, mais à moyen et long terme, ils vont le regagner, décuplé.

Quels sont les retours des cabinets d’avocats et de notaires sur GenIA‑L ?

MA : Alors GenIA‑L, j’en entends beaucoup parler, comme une solution, pour le coup, pertinente. Encore une fois, il y a toujours la question du coût. En revanche, la base documentaire de Lefebvre Dalloz étant connue et reconnue, les réponses sont vraiment très très bonnes et c’est vraiment ce qui ressort en premier.

*Source : Observatoire de la profession d’avocat, CNC, Enquête IA (volet avocat) : une technologie qui fait évoluer l’exercice de l’avocat https://www.cnb.avocat.fr/fr/etudes-observatoire/enquete-ia-volet-avocat-une-technologie-qui-fait-evoluer-lexercice-de-lavocat

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