Quels cas d’usages de l’IA avez-vous vous-même investigués ?

C.H : Avec Alta-Juris International que je préside, nous avons crée un pôle IA qui assure aux membres une formation avec notre partenaire DALLOZ. A ce jour 75 % des cabinets membres, ont au moins un avocat qui a suivi la formation de niveau I de découverte des IA et d’un certain nombre de fonctionnalités. Nous poursuivons cette formation en prenant également le temps de nous tenir informé des évolutions. Nous nous sommes rapprochés des grands éditeurs juridiques mais également de start up d’IA juridique pour tester leurs solutions. Les cas d’usages que j’ai pu tester personnellement concernent le traitement de dires dans les expertises, la rédaction et génération d’actes (contrats, lettre de licenciement, synthèse de conclusions adverses) et la recherche ciblée par des IA à prédominance juridique de sujets.

Pensez-vous que la formation initiale et continue devrait intégrer des parcours de connaissances sur l’IA et ses modes d’applications ?

C.H : Cela me paraît indispensable, ne serait-ce que pour avoir une connaissance des moyens auxquels les avocats peuvent faire appel. Cependant je pense qu’il faut considérer l’IA aujourd’hui pour ce qu’elle est. Un outil puissant mais perfectible. Deux obstacles me paraissent se présenter : la base documentaire sur laquelle s’appuient les IA qui nécessite pour les utiliser une IA réellement capable d’une analyse prospective et continue d’une part, et le risque de sclérose pour ces raisons là d’autre part.

M.W : Absolument obligatoire puisque l’IA est un outil au même titre que les codes dans un tout autre domaine. Nous devons aussi apprendre à garder notre sens critique.

Selon vous, comment les évolutions futures de l'IA pourraient impacter les attentes des clients en termes de services juridiques ?

C.H : Les gains de productivités potentiels sont énormes puisque sur le principe, le bon usage de l’IA par des prompts ciblés et opportuns (et il y a là de grandes pistes à creuser par les concepteurs d’IA comme par leurs utilisateurs) peut faire gagner du temps. Il me parait donc nécessaire que puissent être garantis un accès et un usage des données d’une part, une utilisation de celles-ci qui corresponde à un mode de réflexion, de questionnement identique à celui que doit développer tout avocat d’une seconde part, et une possibilité d’auditer la pertinence de l’IA d’une troisième part.

M.W : Ne renversons pas les paradigmes : les attentes des clients nous sont énoncées et c’est à nous à les mettre en musique et non l’inverse. Nous restons maitres de nos outils dont l’IA fait partie. L’avenir nous dira si le besoin crée l’outil en pur droit ou si son versus prendra le dessus.

Selon vous, comment va se repenser la chaîne de responsabilité ?

C.H : Il s’agit du cœur du réacteur de l’IA qui rejoint la troisième préoccupation que j’évoquais ci avant. Ne nous leurrons pas, les fournisseurs courent aujourd’hui peu de risques, sinon commerciaux, s’ils ne sont pas en mesure d’assurer une garantie de la pertinence de fonctionnement de leur IA. Cela ne durera pas compte tenu de l’évolution exponentielle des IA. L’avocat reste le premier exposé mais c’est en cohérence avec son exercice professionnel. La compétence, bien avant les autres critères, est celui qui détermine le choix de l’avocat et de mon point de vue, cela doit rester ainsi.

M.W : Pour l’heure, cela ne change pas grand-chose dans l’hypothèse où bien sûr, l’avocat n’aliène pas son autonomie.

L’IA le faire-valoir de la plus-value des avocats ?

C.H : Je pense pour ma part qu’il faut voir dans l’IA une valeur ajoutée à celle de l’avocat. A la place d’un client, je m’interrogerai sinon sur l’intérêt à payer les services d’un avocat qui lui dit se servir d’une IA pour rédiger la consultation qu’il a sollicitée. Cela doit aussi interroger l’avocat sur la dualité : suis-je le produit ou suis-je celui qui le vend ? Cette question de la plus-value a accompagné la profession d’avocat à chaque réforme de « simplification », à chaque développement des outils mis à sa disposition : on l’a vu avec la signature électronique, les logiciels de gestion de cabinets, de dictée de reconnaissance vocale, d’externalisation de secrétariat (mais cela va aussi disparaître avec la GED gérée totalement par l’IA) etc.  Saisissons nous de cette opportunité avec clairvoyance.

M.W : Faire-valoir, non, plus-value, oui.